ROMS (1) : FAUT-IL AUSSI EXPULSER MANUEL VALLS ?
-
Par Jean Philippe TIZON
Au ministère de l’Intérieur, « le changement c’est maintenant » ne semble pas à l’ordre du jour. Quand la normalité d’un homme normal devient une anormalité au vu de son adaptation aisée aux costumes faits sur mesure des Guéant et autre Hortefeux, elle renvoie par conséquent à l’arlésienne le terme de socialiste.
Manuel Valls, tenté et sollicité un temps par la sarkosie, continue sous couvert de hollandisme à faire du Sarko. Les Roms, citoyens de l’Union Européenne, connaissent dans leurs camps de fortune peu de répit. Selon MEDIAPART, le bilan quantitatif des démantèlements de camps est dans la lignée du quinquennat précédent. Selon des décomptes collectés par cette source, plus de deux mille personnes ont été délogées en juillet et août 2012. Deux charters ont été organisés vers la Roumanie.
« Faut-il exorciser la place Beauvau de l’esprit du petit Nicolas ? » S’interrogent, sous cette forme ou autres, nombre d’associations. Elles posent avec force la question du respect de la dignité humaine. C’est bien sur cet enjeu que nombre de progressistes et humanistes attendent le gouvernement socialiste. Mais les actes se veulent clairs : tolérance zéro. Le ministre affirme, pour défendre sa politique, vouloir réduire l’influence du parti d’extrême droite. Cela se veut-il un signal à l’électorat populaire du FN ?
Bien entendu, il demeure hors de question de tomber dans l’angélisme. Les populations autochtones se confrontent souvent aux laveurs de pare-brises, à la mendicité agressive, à l’errance des enfants. De fait, Madame et Monsieur « Tout le Monde » subissent indirectement la stratégie de réseaux bien organisés d’exploitation des misères humaines. Ces réseaux intègrent aussi d’autres catégories de populations immigrées clandestines. Le citoyen se demande pourquoi ces réseaux sont si peu inquiétés au contraire de leurs victimes ?
Les expulsions coûtent cher
Selon Eric Besson, ex dirigeant socialiste, ministre de l’Immigration de François Fillon, le coût d’une expulsion en 2009 s’élevait à 12 000 euros, soit entre 13 et 14 000 euros aujourd’hui (1) si l’on tient compte de l’inflation. De son côté, la commission des Finances du Sénat estime la dépense à près de 21 000 euros par personne reconduite à la frontière soit environ un budget 415 millions d’Euros. Certaines associations multiplient par 4 le prix de cette tragédie humaine. L’expulsion des Roms s’élèverait par conséquent à plusieurs dizaines de millions d’euros en pure perte. Au moment où François Hollande cherche des économies, le comble de l’ignominie et non de l’ironie est atteint.
Par conséquent, les démantèlements et autre expulsions des personnes présentes sur notre territoire coûtent plus cher que de conduire une politique d’intégration digne de ce nom et de sécurisation. Ils créent une insécurité permanente pour les immigrés clandestins pris en tenaille entre l’Etat et les réseaux mais aussi un sentiment d’insécurité généralisée pour le quidam national ayant, à tord ou à raison, l’impression d’être une double victime.
Sur le plan humain et politique, quelle image pitoyable donnons-nous, nous donneurs de leçons au monde entier. A quoi rime le démantèlement de camps Roms, la casse de caravanes, quand des familles entières, tel des va-nu-pieds, baluchons sur le dos et enfants à la main errent par mont par vaux jusqu’aux prochains camps à construire pour s’abriter ? (2) « la France ne peut accueillir toute la misère du monde, mais elle doit savoir en prendre fidèlement sa part » alors faisons-le avec intelligence, dignité et humanisme. Ils demeurent nos frères en souffrance et en humanité (3).
Le locataire de la Place Beauvau entend « faire appliquer les décisions de justice ». Bigre, voilà une détermination républicaine toute à son honneur, détermination qui serait d’autant plus crédible si elle était appliquée aux patrons voyous à l’instar du groupe allemand « Lohman et Rauscher » condamné par la Justice à rouvrir le site de Sodimédical et à verser les arriérés de salaires. Mais là point de ministère de l’Intérieur pour faire appliquer les décisions. En fonction que l’on soit humble ou puissant…. Que l’on soit servile ou serviteur.
Au vu de la persistance de pratiques sarkosystes vis à vis des immigrés, une question politique risque de se poser avec force : au regard du coût exorbitant des expulsions, ne vaudrait-il pas mieux, afin de réaliser des économies, expulser Manuel Valls de son…. ministère et ce sans relogement ?
**********************
(1) Quelques liens pour poursuivre la réflexion.
www.politique.net/2008120102-une-expulsion-coute-2097,
www.mouvements.info/Sans-papiers-l-autre-chiffre-de-la.html, http://www.publicsenat.fr/lcp/politique/immigration-un-audit-cout-reel-des-expulsions-9551
(2) Intervention e Michel Rocard en 1990 lors d’une assemblée des militants de la Cimade.
(3) Avec les Roms se posent à l’Union Européenne et aux Etats membres les enjeux du respect des minorités ethniques et de leur libre circulation. Cela soulève également la nécessaire élaboration avec la Roumanie, la Bulgarie, la France, etc d’une politique d’intégration ainsi qu’un travail en profondeur sur la place et l’apport culturel, économique (etc.) de leurs minorités.
