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VILLEMUR REUSSIT UN MONOPOLE LIBRE ET NON FAUSSE

 

Par Catherine TIZON

 

Il y a 4 ans, une équipe dynamique et pleine de projets entrait à la mairie, « maison du peuple » par excellence dans la mesure où les élus, chacun le sait, portent démocratiquement un projet puisque délégataires –et non propriétaires- de la voix de leurs concitoyens, n’en déplaise à certains.

 

Les espoirs étaient alors nombreux, les attentes impatientes et les regards se perdaient parfois dans les méandres de l’espérance…

 Réussir Villemur : ces deux mots étaient sûrement chargés de sens et d’attachement à cette ville, du moins, résonnaient-ils ainsi.

 

Les villemuriens aiment leurs berges, leur Tour de la Défense, leurs Greniers du Roy, signes extérieurs de richesses, une richesse qui fait désormais partie du passé, un passé pas si lointain, du temps où notre cité était un fleuron économique avec la batellerie, les céréales, les pâtes, l’industrie… une ville engoncée entre coteaux et Tarn, une ville « d’ouvriers –paysans », d’hommes et de femmes connaissant la valeur des choses, la valeur de la vie, la valeur de l’échange humain.

 

Il y a 4 ans, «Réussir Villemur » semblait une priorité, il fallait faire battre ce cœur coûte que coûte, apporter du sang neuf, des idées nouvelles… en toute transparence.

 

« l’opacité commerciale gagne »

 

Le développement ne saurait toutefois passer uniquement par des investissements en centre ville, l’ancienne municipalité a œuvré en ce sens, la nouvelle souhaite travailler pour la rive opposée du Tarn. A priori, il ne saurait y avoir quelque chose à redire sur ces choix, une ville est un ensemble et doit être prise en compte comme telle.

 

Pourtant, lorsque le développement envisagé est susceptible de se faire au détriment de l’un ou l’autre des quartiers, il devient nécessaire de réagir.

 

Ainsi, comme chacun sait, puisque le sujet a été abordé lors de plusieurs réunions publiques, la société CLAYRAC vient de racheter un terrain à Magnanac (près du futur collège).

 Elle devrait y faire construire un centre commercial de 9 210 M2, comprenant :
• un hypermarché de 4 000 m², à l'enseigne « E.LECLERC » ;
• une galerie marchande annexée à l'hypermarché de 1 500 m² de surface de vente composée de 16 boutiques de moins de 300 m², sans enseigne définie ;
• un espace culturel « E. LECLERC » de 600 m² de surface de vente ;
• 4 magasins spécialisés en équipement de la personne totalisant 1 860 m² de surface de vente, soit 465 m² pour chacune des surfaces, sans enseigne définie ;
• deux magasins spécialisés en équipement de la maison, totalisant 1 250 m² de surface de vente, soit 625 m² pour chacune des surfaces, sans enseigne définie.

 

La création de cette surface de vente a été validée par la Commission Nationale de l’Aménagement Commercial en date du 16 février 2012. Un recours à été présenté en vain par les sociétés LISSANTO (Bricomarché) et DISTRIBUTION CASINO. La commission a donc donné son feu vert pour cette installation.

 

La décision est motivée par le fait que cet « ensemble commercial sera repositionné au sein du quartier de Magnanac, site du futur développement de la commune (…), que la création, dans un cadre attractif et moderne, de magasins spécialisés dans différents secteurs d’activités, complètera l’offre commerciale de la zone de chalandise et participera au confort d’achat des consommateurs et que cette réalisation contribuera à limiter les déplacements motorisés de la clientèle en direction des équipements commerciaux situés notamment dans l’agglomération de Toulouse et de Montauban ».

 

Lors de la dernière séance de la Communauté des Communes, a été mentionnée  la proposition faite par les établissements LECLERC à la société BRICOMARCHE de rejoindre le nouveau centre commercial à la condition que cette dernière ne cède pas ses locaux actuels pour une activité commerciale… Rappelons que LECLERC possède déjà la friche commerciale de la Centrale des Affaires, inoccupée à ce jour.

 

Enfin, que dire du Leclerc Drive qui devrait voir le jour sur un des derniers terrains disponibles près du rond point de Pechnauquié ?

Terrain acheté par la SCI EMELINE : deux SCI différentes pour une même enseigne. Les propriétaires de cette grande surface auraient-ils eu à craindre un éventuel rejet pour atteinte à la concurrence libre et non faussée ?

 Interrogé lors du conseil municipal du 21 mai 2012, Monsieur Jean Claude Boudet affirme être tout naturellement allé proposer le terrain aux dirigeants du Centre Leclerc… par politesse  ( !) et assure  qu’il fera tout pour qu’un discount s’installe à  Villemur afin d’éviter le quasi monopole.

 

Reste à savoir ce que l’on met derrière le mot politesse, certes politiquement correct. En effet, le terrain qui appartient à la Communauté des Communes était évalué à 15 euros le m2 et proposé à la vente à 5 euros le m2.  Il a été vendu à LECLERC à… 70 euros le m2. La politesse est payante !

 

Rappelons la définition littérale de ce mot : « manière de se comporter conformément aux règles de savoir-vivre dans une société ». Avouons que si la politesse de l’acte nous laisse pantois, l’humour de la réponse est sans faille !

 

Evidemment, la vente de ce terrain mettra sans aucun doute un peu de beurre dans les épinards de la communauté des communes qui commençaient à avoir un goût un peu amer. Toutefois, faire une politesse, c’est donner l’avantage à quelqu’un, faire en sorte de lui donner une priorité, celle-ci coûte cher dans la mesure où le terrain est vendu 14 fois son prix initial… Un prix qui défie toute concurrence ! Alors, ne soyons pas politiquement sots !

Pourquoi ne pas avoir laissé ce terrain en vente publique comme l’ensemble des autres terrains de Pechnauquié et surtout au même prix ? Une telle décision conforte le monopole de l’enseigne annihilant de fait toute concurrence susceptible de faire baisser les prix et d’offrir aux citoyens une offre raisonnée.

 

« Concurrence libre

 et non faussée ? »

 

La création d’une zone commerciale à Magnanac, « l’invitation sous conditions » faite à Bricomarché, la création d’un Drive, l’achat d’un terrain à un prix exorbitant, l’ensemble de ces éléments ne seraient-ils pas susceptibles de constituer une barrière à l’entrée au sens de la Concurrence Libre et non Faussée ?

En effet, sont définies comme telles les barrières stratégiques mises en place dans une optique de dissuasion de façon à permettre aux commerces en place de préserver leur monopole. La situation qui nous préoccupe ne ressemblerait-elle pas à une entente ?

 

La concurrence semble malvenue dans notre ville, surtout celle que pourrait constituer l’installation d’un discount alimentaire. On nous promet que ce projet est toujours à l’ordre du jour. Reste à nous expliquer à quel endroit ce dernier pourra se faire ?

Si on tient compte de la zone inondable, du fait que l’ensemble commercial de Magnanac sera détenu par une seule SCI et de la contrainte imposant de ne plus utiliser les murs de « Bricomarché » comme local commercial, imaginer l’implantation d’une nouvelle structure du type discount tient objectivement du rêve.

 

Avec la transformation de la physionomie commerciale de Villemur prévue dans les mois à venir, tous les espoirs étaient permis. Hélas, l’espérance devient fragile face aux intérêts financiers et économiques de certains groupes et les intérêts politiques de certains élus.

 

Nous sommes-nous posé la question des friches commerciales sur notre commune ? Nous avions déjà La Centrale des Affaires (dont Leclerc est propriétaire), aurons-nous l’actuel Centre Leclerc,  Bricomarché, sans compter les commerces de proximité du centre ville ?

 

Bien sûr, le malheur des uns fait le bonheur des autres. Mais un projet de société se veut un projet global. Or, la « délocalisation » de la zone commerciale associée au détournement du trajet de bus qui ne passera plus par le centre ville, à la centralisation des locaux associatifs, de la MJC et de l’Espace Jeunes à Bernadou, de la crèche qui rejoint la départementale, généreront sans aucun doute un isolement accru d’un centre ville déjà bien terne.

 

Peut-être la municipalité pensera-t-elle bientôt à faire disparaître le marché, dernier bastion populaire ?

 

Que restera-t-il alors de notre centre historique à part des balustres effondrés, des maisons inhabitées, des locaux commerciaux délabrés ? Il faut aimer sa ville avec son Histoire ou ses histoires, écouter et rendre la parole aux femmes, aux hommes, aux enfants pour imaginer et pour donner du sens afin de réussir vraiment Villemur. 

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