UN ANGE PASSE ET LES CHEVEUX TREPASSENT…
-
Il est des tentatives d’euthanasie qui échouent, le malade continue de souffrir en attendant sa « belle mort », sa « mort naturelle », sa mort lente et inéluctable.
L’agonie d’une entreprise ravive toujours ici comme ailleurs de douloureux souvenirs, des colères, des sentiments d’impuissance qui laissent un goût amer.
Vous n’êtes pas « tombés de la dernière pluie » mais vous avez rêvé, voulu croire que c’était possible, que la mobilisation pouvait être fructueuse puisque soutenue par des élus détenteurs de pouvoirs.
Quelque part une salutaire et tardive prise de conscience sur la valeur des mots et des actes se fait jour.
La presse commente, relaye l’information, retranscrit les discours et vous lisez cette considération qui ne vous surprend plus vraiment « l’industrie alimentaire de Villemur c’est un miracle si elle existe encore ».
Vous avez vu les lieux, discuté avec les employés, vous connaissez la décrépitude des bâtiments, la fragilité des machines, pour certaines obsolètes, certaines …
Les miracles, vous n’y croyez plus, sommeille en vous un tenace Saint Thomas et pourtant …
Oui pourtant, vous avez vu des gens se rassembler, des ouvriers briser la coque d’inertie dans laquelle certains étaient enfermés, vous avez entendu l’enthousiasme, ne venant pas seulement du cœur, d’un homme qui connaissait bien la situation, les possibilités de développement.
Vous pensez quelquefois à la déception de cet homme, en lui souhaitant de voguer vers de plus souriants objectifs que celui qu’il a mis tant de force à porter, pour rien, pour un cuisant échec doublé d’une déception humaine surement plus douloureuse encore …
« L’industrie alimentaire de Villemur c’est un miracle si elle existe encore ».
Cette phrase titille votre raisonnement, tourne dans votre tête. Comment soutenir un miracle quand on n’a pas la foi, et pourquoi ?
Avons-nous les moyens de répondre, à cette question épineuse, choisirons nous de nous laisser porter par la vague tranquille et paisible de l’acceptation simpliste.
Le ralliement pouvait il être un ornement de façade embellissant l’image publique, était il une réaction d’amour propre obligatoire face à l action impulsée par des citoyens, de simples citoyens qui eux avaient d’autant plus la foi qu’un travail sérieux de prospective avait été réalisé ?
Certes vous savez aujourd’hui qu’il aurait été préférable d’agir dans les années 80, qu’il aurait fallu pousser une fratrie peut être divisée à moderniser, en faisant admettre que c’était le sort de femmes, d’hommes et quelque part d’un symbole qui se jouait.
Dans les années 90, beaucoup savaient déjà, vous manquiez de maturité, vous avez cru à d’autres projets, puis ce fût le silence capable de tuer quand il étouffe des situations précaires, pour servir on ne sait quoi, on ne sait qui.
Un rachat de bâtiments, un leurre pour un déménagement assuré, puis des pansements sur une jambe de bois, des travaux indispensables pour un sursaut et la catastrophe…
Sur quel critère le repreneur a-t-il été choisi ? Le choix était réduit…
Les ouvriers auraient ils du opter pour une SCOP ?
La démotivation mise en avant était-elle réelle ?
Qu’en était-il vraiment de la volonté de déménager sur la ZIR de Pechnauquié, projet entendu de vos oreilles ?
Pour quelle somme les machines ont-elles été vendues ?
Elles devaient avoir une certaine valeur si on a pris la peine de les déménager en période de congés à la vue de tous.
Entreprise privée, intrusion impossible, qui sont les bailleurs ?
Vous avez intégré la notion ressassée d’un élu qui ne peut pas tout faire.
On ne peut douter de la sincérité de certains mais ils ne détiennent sans doute que quelques apparences de pouvoir …
Aujourd’hui, que peut-on espérer ?
Un déménagement salvateur, sans machine ?
La poursuite de la fabrication des cheveux d’ange jusqu’à l’échéance du contrat ?
Que vont devenir ces bâtiments ?
Le miroir aux alouettes auquel certains ont voulu croire risque de se briser.
S’appuiera-t-on sur la réforme actuelle des collectivités territoriales, sur des difficultés de financement pour livrer ces bâtiments à des intérêts uniquement privés, projet tant décrié il y a quelques années.
Transformera-t-on les lieux en immeubles d’habitation respectueux du PPRI ?
Il n’y a pas si longtemps la priorité numéro 1 était l’emploi, on songeait à consolider l’existant, « la mie occitane qui tente courageusement de relancer l’ex activité Brusson obtiendra un soutien mérité … ».
C’était à l’époque ou l’existence de cette société ne tenait pas du miracle, où il semblait possible d’espérer, même pour des gens « sains d’esprit » qui souhaitaient participer à la résurrection de la ville promise « Villemur réussie ».
Marie-Gabrielle Gimenez
