ZONE DE NON DROIT SOCIAL ?
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Un coup, ça va... trois coups, bonjour l'ambiance.
Par Jean Philippe Tizon.
Montrer l'exemple demeure un enjeu majeur, surtout en cette période ou l'exemplarité contemporaine se veut l'antithèse de l'esprit voulu par la République et les révolutions qui l'ont constituée.
Dans ces colonnes, les différents rédacteurs (trices) rappellent à longueur de lignes l'importance à leurs yeux de non seulement tendre vers la concordance entre les propos et les actes mais aussi de respecter l'individu dans sa dignité de femme ou d'homme quelles que soient ses opinions.
Ces préalables à tout bon fonctionnement républicain et démocratique semblent n'être point acquis, du moins demanderaient un effort de volonté plus que de raison au sein de certaines structures privées comme publiques.
Chacun reste en droit de le penser, une collectivité qualifiée de centre gauche – tout dépend de la vision journalistique du moment- devrait avoir une attitude plus en conformité en terme de respect de la dignité humaine et du droit du travail que tout autre ; loin, bien loin, d'un management offensif qui coûta cher ces derniers mois en vies humaines chez France-Télécom et chez d'autres « grandes » entreprises.
Il est déjà assez étonnant qu'une collectivité publique ne possède point une « commission personnel » digne de ce nom devant la difficulté de gérer à la fois des personnels dépendants du droit public et d'autres notamment les CUI dépendants du droit privé.
Une telle commission permettrait de gagner en transparence tant au niveau de l'orientation générale des missions fixées à ces personnels que de la gestion intrinsèque des personnes. Elle permettrait aux élus (es) de la majorité comme de l'opposition de pouvoir, moyennant une confidentialité sur les employés(es), informer, intervenir sur ces questions en tout légitimité.
Dans une entreprise privée comme dans une collectivité publique, l'absence de transparence conduit souvent à des pratiques dénommées harcèlement moral.
Une des techniques désuètes -mais combien efficace quand les personnes concernées se retrouvent seules face à la pression- consiste premièrement à isoler si possible l'individu de ses collègues puis à l'attaquer moralement en l'accusant d'alcoolisme dissimulé ou de tentatives de vols. Chaque fois comme par hasard, il existerait des témoins à charge.
L'étonnement survient quand des cadres, sur injonction de leur patron, public ou privé, s'adonnent à ce type de pratique.
Cela tient du tueur à gage qui indique à sa future victime : « n'y voyez rien de personnel. Je suis payé pour » ou « je n'ai pas d'état d'âme, je fais mon boulot ». Cela lui fait une belle jambe à la dite victime de la vendetta !
Un tel cynisme surprend plus de 60 ans après la Libération.
Comment peut-on encore se cacher derrière un ordre réel ou supposé de sa hiérarchie pour s'en prendre sans aucun remord à un tiers ?
Au procès Papon, la culpabilité de l'ancien sous-préfet n'a pas fait de doute mais celle des petits fonctionnaires tous aussi coupables sinon plus a également éclaté au grand jour.
Le « j'obéissais à la hiérarchie » éclairait la lâcheté en cours et / ou au pire la bêtise de la « bonne conscience ».
Chacun garde son libre arbitre, quelle que soit sa place dans la hiérarchie supposée de la société. Le premier libre arbitre est de se mettre en capacité de dire « NON ». La liberté a un prix : celui de se mettre debout.
Quand certains (es) salariés (es) sous contrat précaire à l'instar du CUI dans une collectivité locale subissent un harcèlement digne d'un autre âge, nous sommes en droit de nous demander si notre société n'est pas en train de réhabiliter l'esclavage ? « Bossez, taisez-vous, soumettez-vous, je suis le chef, le supérieur, l'élu (etc.). Vous, vous n'êtes rien », « comme travailleurs précaires, vous devriez travailler deux fois plus que les autres ! ». De la BA (bonne action) sociale au féodalisme de notables de droite comme de « gauche », il n'y a qu'un pas parfois vite franchi. Qu'un (e) agent titulaire se voit « muté (e) » pour alcoolisme constitue un situation déjà limite dans la manière d'aborder le problème, s'il y a problème. Mais que l'argument serve d'autres fois pour des salariés en situation précaire, cela devient ouvertement problématique.
Nous savons par expérience que la mentalité petit chef consiste à faire trinquer les subalternes. Il devient temps de lutter contre la pandémie de mauvais coups.
En attendant, chers (es) lecteurs (trices) à votre santé publique.
N'oubliez pas : un coup ça va, trois coups bonjour l'ambiance.
