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DROIT DANS LES YEUX.

Par Jean Philippe TIZON

Tout un chacun a eu le loisir de découvrir un long entretien en page locale de La Dépêche de Monsieur Jean Claude Boudet, Premier magistrat de la cité. Parmi les quelques informations que l’édile délivre, celle de l’annonce de sa candidature à sa propre succession en 2014. Candidature accompagnée de quelques œillades sur d‘autres fonctions électives possibles. En soit, rien d’étonnant, la surprise eut été qu’il annonçât le contraire.

Avant de revenir sur le fond de l’entretien, il s’avère nécessaire d’aborder la forme de l’article (sur 7 questions, 4 concernent la cité, 3 le destin personnel, aucune la citoyenneté) et notamment de la photo qui l’illustre. Dans ces colonnes, les occasions de rappeler le lien entre le fond et la forme furent pléthores. Une fois de plus la règle ne sera pas dérogée.

« Le portrait type… »

Ainsi, un magnifique portrait du premier des conseillers complète l’article. Le teint frais, une coupe de cheveux dynamique, un col de chemise entre ouvert signe d’une certaine décontraction, un sourire un brin ironique accompagnent un regard droit dans les yeux du lecteur. Telle Mona Lisa qui suit des yeux les visiteurs du Louvre, le regard du magistrat local accompagne le lecteur.

La symbolique se veut forte :

  • C’est droit dans les yeux du (é)lecteur/citoyen que monsieur le Maire décline les réalisations accomplies.
  • C’est droit dans les yeux du (é)lecteur/citoyen que l’édile aborde les questions de sécurité
  • C’est droit dans les yeux du (é)lecteur/citoyen qu’il susurre le devenir du centre historique, etc.

Reste à savoir si cette technique reste encore efficiente après l’affaire Cahuzac. L’ancien ministre « socialiste » -chantre de l’austérité pour les autres- avait droit dans les yeux des téléspectateurs, des parlementaires, du Président de la République et de ses amis de parti assuré qu’il n’avait pas de compte en Suisse (et encore moins à Singapour). Depuis, une telle symbolique de l'intégrité et du volontarisme en a pris un sérieux coup dans l'aile. Bref, à chacun ses stratégies de communication !

Sur le fond.

Le bilan du mandat de la majorité actuelle de centre droit ne se veut ni mirifique, ni catastrophique. Il se situe dans un entre-deux avec tout de même une perte remarquée de dynamisme pour le centre ville historique et une tendance à appliquer, à l'occasion, des recettes ultra-libérales. Cette équipe est arrivée à la suite d'une mandature à bout de souffle au sein de laquelle un haut fonctionnaire faisait la pluie ou le beau temps, où les élus (es) avaient peu de possibilité d'interventions. Qu'en est-il, quelques années plus tard ? Existe-il une métamorphose par rapport à un mode récurrent de fonctionnement de ces 60 dernières années ? Les citoyens (nes) sont-ils mieux écoutés voire concertés ?

Là aussi, la cité se retrouve dans un entre-deux. D'ailleurs, comment pourrait-il en être autrement lorsque nombre d'élus ont été biberonnés sous un modèle unique de fonctionnement ?

Ainsi, deux constantes, plus ou moins prononcées en fonction des dossiers, marquent ce mandat et ce au contraire de l'orientation annoncée : un manque de concertation en amont des projets et une tendance à la « privatisation » du mandat dans le sens de confondre délégation des citoyens avec délivrance d'un blanc seing.

Cela se traduit par des discours et des pratiques décisionnelles ambivalentes.

Ainsi, même parmi les réalisations intéressantes, comme celles du centre de Bernadou et du centre multi-accueil, le manque de concertation en amont des projets façonne la démarche. C'est une des causes essentielles des rattrapages de travaux à posteriori. Ce blog a soutenu le principe de ces réalisations nécessaires pour la jeunesse et la petite enfance. Se pose, après ce décentrage incontournable des activités jeunesses, la nécessité de travailler sur la réappropriation par les jeunes de la ville historique afin qu'ils inscrivent leur vie dans une histoire locale et rendent à nouveau une âme épanouie à ces vieux murs.

Une des réalisations incontournables de l'équipe actuelle, porte sur la performance de transformer Magnanac en Magnanac-sur-Tarn comme futur « centre » ville économique. L'effet induit de cette aventure réduit présentement Villemur en un hameau décrépi.

La délocalisation d'activités de grands commerces, des activités de santé, l'élaboration d'un nouveau rond point pour les servir et la construction hypothétique d'un futur collège sonnent pour l'instant l'hallali de la vieille ville.

Enfin, à noter parmi les « réussites » liées au « réalisme » ultralibéral du moment, la privatisation du service financièrement excédentaire du ramassage des ordures ménagères. Privatisation conduite au nom de la mise en place du tri sélectif. Les élus villemuriens siégeant à la communauté ont voté le processus en juillet dernier à l'unanimité. L'installation du tri dit sélectif demandait en amont la mise en place d'une large concertation afin de le rendre efficient auprès des usagers et des collectivités. Enfin, la privatisation (la délégation de service public) aurait nécessité une information contradictoire en direction des usagers et une votation citoyenne. Une telle décision appartient aux citoyens de cette communauté. Voici, un exemple concret de « privatisation » de mandat et de manque de concertation.

Le paradoxe du centre ville ou historique. Le « hameau » se meurt petit à petit. Le marché devient l'ombre de lui-même, les commerces disparaissent et la fréquentation du lieu décroît selon les propos de certains commerçants. A cela s'ajoute la délocalisation de la Fête de la Saint Michel mais aussi des festivités de l'association Henri IV. La décrépitude des allées Charles de Gaulle n'aide pas non plus à l'accueil du quidam. Si à cela se greffent le déplacement du laboratoire d'analyses biologiques, le départ à la retraite de médecins du centre ville et l'annonce d'un futur désert médical, nous avons là tous les éléments d'une dynamique... inversée. Si ce centre ville subsiste, c'est dû pour l'essentiel au dévouement de militants (es) d'associations citoyennes et/ou culturelles comme l' AVH et de quelques autres.

La situation s'est dégradée malgré la présence d'un « manager de ville ». Se pose sur le fond une impérieuse présentation d'un bilan de ses années d'interventions. En effet, pour le coût total d'une telle prestation, quels sont les résultats atteints ce par rapport à la commande initiale d'intervention ?

Au vu d'une telle situation, le recrutement d'un architecte pour restructurer le centre ville est-elle la seule réponse possible ? La majorité actuelle n'aurait-elle pas de fait dans ses cartons un projet « off » ? L'idée de raser certains bâtiments avaient été officieusement suggérée pour installer des parkings à une époque ?

La problématique du centre ville demande de vrais temps d'écoutes, de réflexions, d'échanges contradictoires pour poser un vrai diagnostic afin de construire de véritables pistes de travail. L'enjeu du centre ne se résume pas seulement à un problème d’agencement immobilier – une histoire de gros sous- mais bien dans la capacité collective à lui redonner son âme.

Enfin à propos de l’insécurité, il faut souligner l'apport constructif de la police municipale en termes de prévention. Se pose pour la ville et ses environs la nécessité de patrouilles de gendarmerie encore plus régulières. La présence sur le terrain d’officiers de police judiciaire s'avère nécessaire au vu de l'implantation de certains profils d'individus sur notre espace géographique.

Reste aussi à définir les différents niveaux d'incivilités et / ou d'insécurités. Entre l'incivilité de parents d'élèves stationnant n'importe comment pour « décharger » leurs progénitures à l'école, les actes de petites incivilités de gamins esseulés et la délinquance organisée (une autre forme moderne d'entrepreneuriat...) il existe tout un monde.

Un des enjeux de la sécurité passe par le développement de la prévention de la délinquance en direction des adolescents et des jeunes adultes en errance (physique et intellectuelle). L'espace jeunes et la MJC apportent des premières réponses. Reste à aller en direction des « asociaux ». Cela demande l'embauche d’éducateurs spécialisés. Reste à choisir entre le recrutement d'un architecte au tarif d'un cadre supérieur et le financement de deux postes à temps complet « d'éduc spé ». Le choix sera un choix éminemment politique (au sens gestion de la cité).

Enfin «Développer le cadre de vie pour asseoir le dynamisme de la ville» pourquoi pas, mais cela passe par une concertation et une construction citoyennes. Dimensions citoyennes pour l'instant absentes des réponses -droit dans les yeux- du Premier magistrat.

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