OU VA VILLEMUR ? POUR QUEL PROJET DE SOCIETE ? partie 2
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Quelques pistes locales pour une orientation
républicaine et citoyenne
Par Jean Philippe Tizon.
Au moment où l'UMP démantèle, par aveuglement idéologique, la Culture, l’Education Nationale (1), la politique jeunesse et sport, quelle politique de proximité peut mener en la matière une assemblée locale ?
Tout d’abord, l’état des lieux sur notre territoire culturel et sportif présente des aspects positifs. Une médiathèque, une MJC, un centre de loisirs, des associations historiques, des associations et des infrastructures sportives, des enseignants souvent investis dans leur mission, des personnalités aux parcours universitaires et/ou professionnels respectables, des artistes, (etc.). Ces associations sont une chance inouïe d’ouverture sur le monde.
Le constat :
Les annonces budgétaires de couloirs laissent entendre la baisse de subvention pour la MJC et pour le centre de Loisirs. En ce qui concerne la médiathèque, le personnel qualifié est remplacé par des personnes en contrats aidés. Ces dernières une fois formées, sont remplacées par d’autres contrats précaires. A côté de cela, l’incapacité des associations à mutualiser leur projet afin de construire une vision collective au service de tous souligne un autre type de malaise. Avec de telles approches combinées peut-on réellement construire un projet culturel, jeunesse et sport ouvert à tous ?
La culture
Prenons l’exemple d’une médiathèque. Une telle infrastructure demande non seulement du personnel formé ou à former mais aussi des personnes possédant une dimension militante. Proposer la découverte d’un ouvrage, d’un film, d’un CD musical demande de la passion, et une foi inébranlable dans la connaissance comme source de découverte et d’émancipation. Cela demande aussi d’aller à la rencontre des citoyens (nes), des jeunes et des enfants. Nous devrions être ici très loin de l’esprit « espace culture » mercantiliste d’une enseigne d’hyper marché. Il ne peut être question de vendre un objet, mais d’offrir une découverte et une ouverture d’esprit.
Cet endroit doit devenir, face à une paupérisation culturelle croissante, un des outils de lutte contre la discrimination sociale. De plus, accompagner les individus dans la découverte de connaissances aide souvent à développer le mieux vivre ensemble.
Alors nous ne pouvons réduire le débat local de l’approche culturelle à la seule construction ou non d’une salle de spectacle –polyvalente ou pas- dans les murs de Brusson ?
Cette approche revient à donner une priorité à un support avant d’en avoir défini le sens politique du but recherché. La seule vraie interrogation qui devrait être posée : quels objectifs avec quels moyens pouvons-nous mettre en œuvre pour tendre vers une démocratisation effective de la culture ?
Politique jeunesse
Une politique jeunesse (2) et sport digne de ce nom qui reste à définir, pourrait émerger. Comme pour la dimension purement culturelle, l’état des lieux présente des aspects positifs.. Une mutualisation des idées, des moyens pour encadrer les jeunes de la cité s’impose.
Cela demanderait deux démarches complémentaires. Premièrement ne pas baisser les subventions, deuxièmement mettre un terme à l’esprit de potentat. Par esprit de potentat, il faut entendre d’un côté la défense corporatiste d’une association ou des fonctions occupées et de l’autre entretenir une division -pour mieux régner ?- par une mise en concurrence ou de vassalité des associations.
L’efficience en la matière passe à la fois par la construction de projets réalistes au plan financier comme au plan humain dans chaque association en lien avec une vision globale d’une politique jeunesse à mener sur le territoire.
Cette construction de sens passe aussi par la mutualisation des moyens matériels et la création de moyens humains tels qu’éducateurs sportifs et éducateurs de rue.
Pour une école ouverte.
Au moment, où l’objectif de Luc Chatel est de poursuivre le dégraissage du mammouth (comme ancien ministre de l’industrie il a acquis une certaine expérience en la matière) au détriment dans un premier temps de l’intérêt des enfants puis, dans un second temps, de celui du devenir de notre nation, il devient urgent sur le terrain de trouver des parades immédiates.
Si nous laissons faire, nous contribuerons à un schéma de reproduction sociétale pitoyable où seuls ceux qui auront un patrimoine culturel de départ suffisant accompagné souvent par un patrimoine fiduciaire respectable pourront poursuivre des études conséquentes. Le maintien d’une caste sociale à la direction des affaires passe par cette mise à l’écart des enfants des classes populaires et moyennes.
Se pose, par conséquent à l’échelle d’une commune ou d’une communauté de communes, l’enjeu d’élaborer avec les enseignants une stratégie d’ouverture de l’école. Nous avons la chance ici de posséder une école de musique, un musée, des professeurs d’histoire, une école de théâtre, des éducateurs sportifs (etc). Ne serait-il pas possible d’envisager des projets d’école voire de collège plus ambitieux, plus dynamiques, plus ludiques ?
Permettre d’appréhender le Français et l’Histoire par le théâtre, où par la découverte d’auteurs compositeurs facilite en général la construction d’un lien solide entre enseignement basique et l’utilité de ce dernier.
Il en va de même pour l’approche scientifique. Toute approche commence par l’observation, puis l’élaboration de questionnement et d’émission d’hypothèses. Réaliser ce travail favorise des approches méthodologiques différenciées et rend l’enfant intelligent, acteur de son apprentissage. Ce dernier comprend, même le plus « cancre », qu’il peut construire une pensée. Il en va de même avec la dimension sportive où il est fait appel à la fois à l’adresse individuelle et au dépassement collectif.
L’éveil au monde et de soi par la connaissance, par la découverte de son corps et de celui des autres –y compris handicapés- que favorise une telle approche permet de valoriser les jeunes.
Nous avons le devoir, avec les outils que nous possédons sous la main, de mettre l’enfant au centre du système éducatif. Nous ne devons plus nous cantonner dans ces petites cases ministérielles dont la finalité revient à transformer des pédagogues en agents de maitrise et des enfants en pièces mécaniques à assembler à l’identique en un temps record. Il nous revient à nous, élus de base, enseignants, parents et citoyens, de contrer cette version productiviste digne des «temps modernes». Un enfant n’est pas une machine mais une pousse citoyenne en gestation.
Politique de sécurité
Si la sécurité des biens et des personnes demeure un élément clef de la démocratie, cette sécurité commence tout d’abord par une politique de prévention et d’éducation populaire –culturelle et sportive- L’oublier revient à mettre la charrue avant les bœufs et tomber dans le maelström du tout sécuritaire. La présence des forces de l’ordre sur le terrain reste cependant nécessaire pour un travail de dissuasion puis d’application de la loi. La petite délinquance ne se réduira pas uniquement par la présence de gendarmes, de caméras. La lutte contre ces phénomènes commence par notre capacité à ouvrir d’autres horizons aux jeunes, à les aider à construire une espérance réaliste, à leur faire sentir qu’ils possèdent une véritable place dans nos sociétés. Quelque part, tout en étant victime de cette société mercantile, ils entendent à la fois en profiter dans la facilité mais aussi la contester. Ils demeurent inconsciemment en quête d’autres valeurs. Le premier travail des collectivités locales reste de promouvoir la citoyenneté en inventant à leur échelon tous les outils nécessaires.
Construire du sens
Dans cet esprit, nous ne pouvons qu’attendre d’une municipalité fidèle aux principes républicains en lien avec les associations, les citoyens(nes), la réalisation de véritables états généraux pour l’élaboration sur notre territoire d’une politique culturelle, jeunesse et sport et d’éducation populaire ambitieuse. Cette dernière passe par la mutualisation et la complémentarité des compétences et des moyens. L’efficience en la matière ne peut se réduire à l’idéologie sous-jacente du plan comptable, mais passe d’abord et avant tout par une volonté politique réelle.
(1) Cette attaque sans précédent tient de la volonté idéologique de saper le pilier et les fondements de notre république laïque, de favoriser un élitisme de classe sans classe au détriment d'un élitisme républicain basé sur une véritable égalité des chances, de réduire l'accès à l'enseignement supérieur et aux grandes écoles des enfants issus des classes populaires et des classes moyennes. Le projet de société en cours se veut l’opposé de l’esprit des Lumières et plus récemment de celui du Conseil National de la Résistance. L’esprit : criminaliser le peuple au lieu de l’émanciper par la l’acquisition progressive de la connaissance.
(2) La jeunesse reste l’avenir de ce pays. Pouvons-nous encore continuer à voir des jeunes quitter la région, d’autres s’enfermer dans des parties alcoolisées au su de tout le monde et les ramasser à la petite cuillère sur les routes du dimanche matin. Ces attitudes sont des appels à l’aide. Pour certains « la vie c’est de la merde ». Quel avenir cette société leur promet-elle ? Comment ne pas voir alors des démarches suicidaires ? Il y a maintenant plus de trente ans, il était question de « changer la vie ». Mais changer la vie commence par notre capacité individuelle et collective à conduire ce changement d’abord autour de nous.
